Existe-t-il une fascination des politiques pour la donnée ? (Joël Gombin)

Joël Gombin a commencé par souligner la polysémie des termes “politique” et “données”. La donnée peut induire un rapport à la politique publique, un certain exercice du pouvoir. Elle a été utilisée comme arme électorale durant la campagne d’Obama.

En France, même si la classe d’âge ancienne semble moins sensible à la donnée numérique, les politiques publiques et les rapports des politiciens s’appuient sur la donnée.

Il existe une sociologie de la statistique, développée notamment par Alain Desrosières en 1993 dans son livre La politique des grands nombres. Il y explique que la statistique est une science de l’État, elle est produite par celui-ci afin de stabiliser les controverse, de créer un espace dans lequel on se met d’accord, un espace de commune mesure permettant le débat public, et dans lequel l’État se place au-dessus des gens.

Emmanuel Didier, élève de Desrosières montre comment un pays peut se définir par certains aspects statistiques, comme ce fut le cas lors du New Deal en Amérique. On a alors analysé la situation de l’Amérique en calculant sa production de blé.

En France, les chiffres de l’INSEE ont autorité, ils fondent le débat public et sont un enjeu crucial de celui-ci (les chiffres du chômage par exemple). Cependant, il s’agit de chiffres, de statistiques : ils peuvent être biaisés, orientés (par exemple, les chiffres de la délinquance retrace plutôt l’activité de la police). Il est important de de pas oublier cela. Aujourd’hui, on a trop tendance à croire que la statistique est la représentation du monde.

L’Open Data est une restitution à la population des données produites par l’État. On peut également l’interpréter comme une décharge de responsabilité, d’autant que les entreprises ne demandent qu’à s’en emparer.

On assiste à une sorte de désidéologisation du politique : comme il n’y a pas de cadre très fort, on laisse parler la donnée, comme si elle pouvait apporter toutes les solution, amener ma solution. c’est très naïf. Les données ne sont qu’une réserve de valeur, que l’on va pouvoir creuser. M. Gombin parle d’une idée un peu magique selon laquelle l’accès aux données permet la création de valeur. cela n’est pas forcément vrai, celle-ci n’est pas toujours bien répartie : certains acteurs savent mieux la capter que d’autres. De plus, la valeur ne créé pas d’emploi, on peut même en détruire en produisant de la valeur. Il y a une certaine privatisation de la donnée. le droit doit s’y adapter.

La politique étant l’art des rapports de forces, les politiques se servent donc aussi bien de la données comme support de communication quand elle peut leur servir qu’ils s’en méfient lorsqu’elle les dessert.

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